点评:Depuis 2015, date de la réouverture au public, la Villa Cavrois me reçoit régulièrement. Elle ne le sait pas, mais je la connais depuis très longtemps. Depuis que j'y suis passée en 1977 ; un ami de l'époque, fier possesseur d'un Hasselblad, qu'il qualifiait de "Rolls Royce" de la photo, ignorant avec morgue tous les Canon sophistiqués, les Olympus au fait de leur gloire, les Leica des puristes et le dernier petit génie le "Pola" ! Il venait la photographier comme sujet d'un concours proposé par son école. Il faisait très chaud ce jour là et je n'avais vraiment pas envie de pénétrer dans la forêt de chardons et d'orties en totale liberté de pousse sur les ruines d'un bâtiment désolé, tagué, protégé d'un fil de fer barbelé qui n'empêchait personne de venir voir, tout simplement voir. Et parfois de marquer de mots, de dessins, d'une date la visite de cet endroit. Imprimer SON passage, sur les pans des murs écroulés sous le poids des années et le regard vite détourné des passants et voisins. Je n'y avais rien éprouvé. Même pas le chagrin d'une maison abandonnée, d'une famille oubliée. J'avais simplement chaud, soif, les piqûres d'orties me dévoraient les mollets, j'ai failli me tordre une bonne dizaine de fois les chevilles et surtout, je la trouvais "moche". Elle faisait "tache" parmi toutes les nouvelles constructions de style fermette, les toitures pentues de tuiles mécaniques, les jardins impeccables, pelouse bien verte à l'anglaise, aux haies de thuyas, troènes ou lauriers japonais taillées au cordeau.
Puis, un jour, en 2015, par hasard, je la re-découvre. Voyons... 1977-2015, ça fait... Non? presque quarante ans ? J'ai dû prendre un coup sur la tête... les années sûrement. Bouche bée, yeux écarquillés, je reste plantée là devant la façade et ne n'ose dépasser la ligne d'entrée matérialisée par un container... c'est l'entrée temporaire. Phénix. C'est le seul mot qui me vient à l'esprit. 15 ans pour recouvrer ce "péril jaune", comme l'appelaient ses détracteurs. Une villa de plus de 1500 m2 habitables, ce n'est pas commun. On peut s'y perdre. J'y suis retournée depuis : 7 visites de près de 2 heures aux 4 saisons ; c'est une demeure qui aime les chiffres, vertigineux surtout ! je me laisse gagner, à chaque fois, par la magie des lieux, les lumières subtiles et rasantes, les lignes infinies et les courbes déliées, les couleurs fortes, surprenantes, le mobilier géométrique, les bois blonds et vernis, la balance intégrée dans le parquet de la salle de bains, la salle de jeux des enfants et leur escalier particulier en colimaçon pour rejoindre le jardin, les innovations techniques dans toutes les pièces, J'en oublie, j'en oublie sûrement. Dehors, sortie de la pièce principale, la Verte, vous vous appuyez automatiquement sur la longue balustrade ; vous vous surprenez à rêvasser... vous vous voyez voguer à bord d'un paquebot, vous fermez les yeux et vous entendez les cris des enfants plongeant dans la longue piscine extérieure. Vous les rouvrez sur le miroir, pièce d'eau centrale, tout en longueur, depuis le bas des marches jusqu'aux contreforts du jardin.
Je descends les marches, façon "Cannes", je traîne et m'appuie négligemment sur la rampe ; puis je longe lentement la pièce d'eau et , arrivée au fond, je m'allonge ventre à terre pour photographier LE reflet de la maison. Je sais, tout le monde le fait. Mais peut-être pas ventre à terre ?
La Villa me laisse la saisir, l'immortaliser, sous toutes ses coutures . Il en fallait du "culot" à l'époque pour demander à l'architecte Mallet-Stevens, de dessiner une folie pareille ; il en fallait du "culot" pour défier les splendides demeures tarabiscotées, aux allures médiévales ou Art Déco, qui ornaient les grands boulevards de Roubaix, ces longs défilés de "maisons de Maître". Il en fallait du "culot" pour résister aux moqueries et habiter ces lieux. Résistance et persévérance. Pour ne pas quitter le navire.
Autant d'énergie, de finances et d'années de travail acharné et passionné de toutes les professions pour la ressortir de terre. D'ailleurs, rien qu'à relire mon avis, j'ai follement envie d'y retourner.
翻译:自2015年重新对公众开放以来,我便经常造访卡夫罗伊别墅。它并不知晓,其实我认识它已久。从1977年我第一次到访算起;当时我有一位朋友,他自豪地拥有着一台哈苏相机,称其为摄影界的“劳斯莱斯”,还傲慢地漠视所有精密复杂的佳能相机、以自身辉煌为傲的奥林巴斯相机、纯粹主义者钟爱的徕卡,以及那款小巧却才华横溢的“宝丽来”相机!他来这儿是为了给她拍照,当作学校举办的比赛的素材。那天天气极其炎热,我实在不想走进那片长满蓟草和荨麻的树林——它们在一座荒废、布满涂鸦的建筑物废墟上肆意生长。那地方用带刺铁丝网围了起来,但这并没能阻止任何人前来,人们只是想看看而已。有时还会用文字、图画或日期来记录自己到访过此地。留下自己来过的痕迹。那些因岁月重负而坍塌的墙壁上,行人和邻居们都很快移开了目光。我对此毫无感触。甚至没有为一座被遗弃的房子、一个被遗忘的家庭感到悲伤。我只是觉得热、口渴,荨麻的刺痛啃噬着我的小腿,我的脚踝差点扭伤个十来次。最重要的是,我觉得它“丑”。在众多新建的农舍风格的建筑物中,它显得格格不入。那些铺着机制瓦片的倾斜屋顶,整洁无瑕的花园,修剪得整整齐齐的英式绿草坪,以及用侧柏、女贞或日本月桂树精心修剪出的树篱。
后来,在2015年的某天,我偶然间又重新发现了它。让我算算……1977年到2015年,这得是……不对?快四十年了吧?我肯定是脑袋受了什么撞击……或者是岁月的缘故吧。我张着嘴、瞪大眼睛,呆立在那栋建筑的面前,甚至不敢跨越由一个集装箱标示出的入口线……这是临时入口。凤凰。这是我脑海中浮现的唯一词汇。历经15年才重新找回那个被批评者称为“黄色危机”的东西。一座拥有1500多平方米居住面积的别墅,实属罕见。置身其中很容易迷路。后来我又回去过:在四季里共进行了7次参观,每次都近两小时;这是一座与数字紧密相关的宅邸,尤其是那些令人目眩的数字!每一次,我都会被这里的魔力、那些细腻而柔和的光线所俘获。无穷无尽的线条与流畅的曲线,强烈而惊艳的色彩,几何造型的家具,经过上漆处理的浅色木材,融入浴室地板中的秤,孩子们的游戏室以及通往花园的螺旋形楼梯,各个房间里的各种技术创新——我漏掉了不少,肯定还有没提到的。走出主房间后,便是“绿色空间”。你会不由自主地靠在长长的栏杆上;你会发现自己陷入了遐想……你仿佛乘上了一艘游轮,闭上眼睛还能听到孩子们跳进长长的室外泳池中所发出的欢叫声。再睁开眼,映入眼帘的是中央那道从台阶底端一直延伸到花园边缘的狭长水渠。
我以“戛纳式”的优雅姿态走下台阶。我漫无目的地闲逛,漫不经心地倚靠在栏杆上;接着缓缓沿着水池行走,走到尽头后,我趴在地上拍摄那绝佳的房子倒影。我知道,人人都会这么做。但大概没人会趴在地上吧?
这座别墅任由我从各个角度去捕捉、定格它的风姿。当年,要鼓起多大的勇气才能向建筑师马莱-斯特凡斯提出这样的请求啊。敢画出如此狂妄的设计图;需要极大的“胆量”才能去挑战那些矗立在鲁贝大道上、风格各异的中世纪或装饰艺术风格的华丽宅邸——那些绵延不绝的“贵族宅邸”。需要极大的“胆量”才能顶住嘲讽并住进这些地方。这就是坚韧与毅力——为了不离开这片土地。
无数各行各业的人们倾注了大量精力、财力以及无数充满热情的辛勤岁月,才最终让它从地基上拔地而起。其实,只要重新读一遍我的评论,我就极度想再去一次。